Ou la modification de la pensée !

e terme de “novlangue”, passé dans le langage courant, et que nous avons tous déjà entendu, désigne une tendance générale à imposer un langage stéréotypé, notamment dans le discours managérial. Son inventeur n’est autre que George Orwell, dans son roman « 1984 ». La novlangue y est un instrument de communication linguistique, utilisé par ceux qui détiennent « le pouvoir », dans le but de détourner et de réduire le sens des mots, pour mieux manipuler les populations.

Par exemple, le régime totalitaire nazi employait dans sa propagande le terme « opérations », pour définir les persécutions contre les juifs, ou encore les termes « prise en charge » pour l’assassinat des personnes handicapées, et « traitement spécial » pour le génocide perpétré dans les camps de concentration.

La novlangue : une nouvelle forme de langage

C’est un instrument de destruction intellectuelle de la pensée. Un langage stéréotypé dans lequel la réalité est édulcorée, pour manipuler, tromper, restreindre la pensée, pour réduire au minimum le choix des mots, diminuer leur portée « émotionnelle » au travers de nouveaux mots, afin de mieux taire ceux qui amèneraient une réflexion.

La novlangue : un langage stéréotypé pour restreindre la pensée et édulcorer la réalité

L’idée fondamentale de la novlangue est de supprimer toutes les nuances d’une langue, afin de renforcer l’influence de l’État, d’une direction d’entreprise, d’un groupe social ayant un ascendant sur les autres. Ce dis- cours manichéen, qui sépare sans nuance le bien et le mal, élimine toute réflexion sur la complexité d’un problème, et revient à dire que si tu n’es pas pour, tu es contre ! Il n’y a pas de juste milieu, pas de place pour l’analyse, la pensée critique, l’opinion divergente.

Le but est d’anéantir la pensée, détruire l’individu face à la doxa, asservir le peuple, dont les salariés… sans laisser de place à la réflexion et au pouvoir des mots. Car, c’est bien le sens des mots qui doit gouverner le choix des mots, et non l’inverse. Et pour que toute chose soit bien comprise, il faut bien l’exprimer, donc bien la penser. A contrario en s’exprimant mal, on pense mal, ou pas du tout !

Quelques exemples dans notre quotidien

Les conquêtes sociales sont devenues en novlangue des acquis sociaux, pour mieux les attaquer, alors que ce sont des conquis qu’il faut défendre si nous voulons les conserver et en gagner de nouveaux.

Les charges sociales sont venues remplacer les cotisations sociales qui financent la Sécurité Sociale, la retraite par répartition, le chômage… Ces cotisations sociales sont un salaire socialisé et différé, autrement dit la reconnaissance monétaire de la valeur économique du travail. Les baisser serait donc une baisse camouflée de nos salaires socialisés. Le mot “charge” induit qu’il s’agirait d’un effort supplémentaire demandé aux employeurs… qu’ils pourraient un jour réduire voire abandonner. Mouvement social est un euphémisme, une expression atténuée dont l’expression directe aurait quelque chose de déplaisant ou de choquant. Le but est d’en dire le moins possible sur la nature de la contestation. Car si un mouvement n’a pas forcément de cause, une grève en a toujours une.

Les plans sociaux sont devenus des Plans de Sauvegarde de l’Emploi (PSE)… qui aboutissent toujours, dans les faits, à des licenciements : le social et les emplois en sont les grands perdants !

Il est donc urgent de nous réapproprier le bon langage, car chacun de nous est riche de son vocabulaire, de sa propre pensée, et comme le disait Confucius : “Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté”.

“Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté” (Confucius)

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