Un terme qui n’enlève en rien le lien de subordination vis-à-vis de son supérieur hiérarchique…
La pensée que nous infuse la novlangue depuis des années influence nos stéréotypes. Ainsi les salariés seraient tous devenus des « collaborateurs » dans l’entreprise, quelle que soit sa taille et quel que soit le statut du salarié : de l’exécutant au cadre dirigeant. Mais sommes-nous vraiment tous des « collaborateurs » ?
Ce terme, apparu progressivement dans les entreprises au cours des années 1990, se veut le signe d’une marque de respect associant, d’égal à égal f?), tous les personnels de l’entreprise. Il est utilisé à dessein, pour valoriser l’esprit d’équipe et la contribution à un projet commun. Mais il est souvent utilisé pour exiger, sans vraiment le dire, une disponibilité permanente combinée à une porosité entre vie privée et vie professionnelle service des profits de l’entreprise.
« Collaborateur » => disponibilité permanente + porosité vie privée/pro
Une décision de la Cour de cassation de 1996 définit ce qu’est un salarié
C’est une personne qui « exécute un travail, sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements du subordonné ».
Un salarié, quel qu’il soit, vend donc sa force de travail à l’entreprise et perçoit en retour un salaire, bénéficie de droits sociaux, avec un lien de subordination clairement inscrit dans son contrat de travail.
Le terme « collaborateur » suggère en revanche un intérêt commun, une responsabilité conjointe avec la direction et/ou les actionnaires de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas d’un salarié…
Le « salarié » exécute un travail sous l’autorité de son employeur
Remplacer « salarié » par « collaborateur » gomme ainsi la hiérarchisation des positions dans l’organisation du travail, et fait abstraction du lien de subordination qui existe pourtant bien entre un travailleur et son employeur. L’un exécute un travail sous l’autorité de l’autre, qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, ainsi que d’en contrôler l’exécution, voire d’infliger des sanctions. U tiliser le terme « collaborateur » permet donc de faire croire qu’il n’y aurait pas des intérêts contradictoires, et potentiellement conflictuels, en fonction de la place qu’occupe le salarié dans la pyramide hiérarchique et la chaîne de commandement.
Être salarié, c’est avoir un statut légal avec des droits et des devoirs
Parler de « collaborateur » est une façon de déconnecter la relation de travail du réel et d’ouvrir la porte à de potentiels abus. Car si par le passé, le salarié n’avait pour obligation que de venir sur son lieu de travail et d’effectuer des tâches précises, aujourd’hui les entreprises exercent un contrôle excessif, jusqu’à la manière d’être du « collaborateur », le fameux « savoir- être » ! Le « collaborateur » est ainsi savamment conditionné et mis dans une atmosphère de travail propice aux Risques Psychosociaux (RPS). Et s’il rencontre des difficultés professionnelles, il les vivra comme un échec dû à une insuffisance personnelle alors que c’est souvent le résultat d’une pression insoutenable et d’une mauvaise organisation collective du travail.