Transition énergétique, ne pas confondre vitesse et précipitation

On peut vouloir une chose, zéro risque et zéro pollution, et créer des conditions pires que la situation initiale. Peut-on encore concevoir une transition sans opposer les énergies alternatives non émettrices de gaz à effet de serre et la préservation de la plus haute maîtrise des risques du nucléaire et du traitement de ses déchets ? 

Deux questions font et font encore débat sur la transition énergétique : quel chemin ? et quelle peut être la durée prévisible pour le parcourir ?

Alors que le gouvernement ouvre cette année un débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), l’opinion publique, continue de basculer vers une opposition au nucléaire comme mode dominant de production d’électricité.

Il faut entendre les arguments avancés. Le nucléaire c’est dangereux. L’accident de Fukushima, même, si son origine a été une catastrophe naturelle d’une ampleur inédite, a renforcé, comme Tchernobyl,  la perception de cette réalité. Le nucléaire produit des déchets très dangereux, difficiles, coûteux et long à gérer. C’est également une réalité, dont tout le monde semble ne pas concevoir toute la réalité. Le nucléaire sert des intérêts supérieurs et on ne nous dit pas tout. Mais quels intérêts au-delà du prix bas et de la sécurité d’approvisionnement pour les usagers ? Ceux d’une entreprise publique, à la fois productrice et distributrice de l’électricité ? Ceux des innombrables sociétés privées qui interviennent en sous-traitance de l’opérateur national ? Par ailleurs, pour ne rien cacher aux populations, l’Etat n’a-t-il pas créé les Commissions Locale d’Information et leur association nationale, l’ANCLI ? Pour garantir le meilleur niveau de sécurité et de sûreté la France ne s’est-elle pas dotée d’une Autorité de Sûreté Nucléaire qui émet ses avis en toute transparence et indépendance ?

Mais voilà tout cela est bien compliqué et les gens ne sont abreuvés que de chiffres et de débats d’expert, sans doute trop compliqués. Ils semblent vouloir croire en une possible sortie rapide du nucléaire et son remplacement par des énergies alternatives renouvelables.

Mais après tout, pourquoi notre société ne ferait-elle pas le pari du remplacement du nucléaire ?… de façon raisonnable et réaliste, et donc certainement pas rapide ni brutale, malgré certaines promesses politiques et les croyances au goût du jour.

Afin d’éviter le débat d’experts et au risque d’en décevoir certains, quelques chiffres tout de même ramènent à la réalité.

« Nous ne faisons pas en France du nucléaire par plaisir ou par lubie, mais par nécessité » disait un Directeur du CEA.

En effet, les décisions politiques à la fin des années 70, ont été de développer un parc électronucléaire important et d’en faire notre principale source de production d’électricité. Le souci d’indépendance au pétrole primait tant le pays avait été impacté par la crise pétrolière de 1976.

Aujourd’hui le parc compte 58 réacteurs nucléaires qui représentent en 2016 : 59 % de la puissance électrique disponible et 72 % de la production.

La puissance électrique disponible toute sources confondues est de 92 000 Méga Watt, elle permet en théorie de faire face aux pics de consommation. Par exemple, le 7 février 2018 (neige verglas sur une partie de la France et notamment paralysant l’Ile de France) le réseau a dû fournir jusqu’à 89 000 MW, ne laissant que 3 000 MW de marge. Mais en février 2012 c’est à 102 000 MW que s’était élevé le pic de consommation (il avait fallu acheter de l’électricité ailleurs).

La consommation électrique en France a varié en 2017 de 30 000 MW au plus bas à 94 000 MW au plus haut. Cette variation correspond à 1,18 fois la totalité de la puissance électro nucléaire disponible.

Sans aggraver la facture carbone de nos consommations d’énergie, les énergies alternatives qui pourraient offrir des perspectives de développement sont principalement l’éolien et le solaire.

L’hydraulique, en grande partie les barrages, représentent 15,6 % de la puissance disponible, et aucun nouveau projet de barrage n’est envisagé à ce jour.  L’éolien et le solaire sont des énergies dites intermittentes car ne produisant pas en absence de soleil ou de vent. Elles nécessitent donc le développement de systèmes de stockages d’énergie, pour pouvoir elles-mêmes se développer et offrir une alternative potentielle au nucléaire. Or le solaire ne représente aujourd’hui que 1,6 % de l’électricité produite malgré une progression constante de 2004 à 2016 de 0,1 à 8,6 TWh et l’éolien 2,9 %, soit 20,9 TWh, alors que la production d’électricité nucléaire s’élève en 2016 à 384 TWh.

Si l’industrie et l’Etat français investissaient massivement dans ces modes alternatifs de production d’électricité et dans les technologies de stockage associées, il faudrait en tout état de cause pas mal d’années pour remplacer efficacement au moins une partie du parc électronucléaire.

Or, ni les industriels, ni l’Etat ne semble vouloir produire l’effort nécessaire. L’effort à faire reste pourtant considérable pour passer de 30 TWh (production actuelle éolien + solaire) à 400 TWh, dans l’hypothèse d’un remplacement total du parc nucléaire par du solaire et de l’éolien.

Quels que soit les objectifs, le parcours sera long et coûteux et il faudra bien continuer avec une part de production nucléaire pendant de nombreuses années encore.

Le risque le plus terrible serait qu’avec le hasardeux pari d’une sortie totale, trop rapide ou trop brutale du nucléaire, la filière industrielle française et ses supports en recherche et développement soient mis à mal, voire anéantis. Le nucléaire restera pourtant encore longtemps une source importante de production d’électricité, avec sa part de risque et ses déchets. Ce mode de production continuera de nécessiter un haut niveau de sûreté et de sécurité, avec des hauts niveaux de recherche et de compétences techniques. Aurions-nous le droit de ne pas traiter la question des déchets produits par cette industrie ? La recherche et le développement a portant considérablement progressé dans ce domaine. C’est la fermeture du cycle du combustible avec des réacteurs surgénérateurs refroidis au sodium (4ième génération) et le projet de stockage réversible des déchets (CIGEO) qui constituent aujourd’hui la voie choisie par la France en réponse à une loi datant de 1991.

On peut vouloir une chose, zéro risque et zéro pollution, et créer des conditions pires que la situation initiale. Peut-on encore concevoir un développement efficace et raisonné des énergies alternatives non émettrices de gaz à effet de serre et la préservation de la plus haute maîtrise des risques du nucléaire et du traitement de ses déchets, sans opposer les uns aux autres ? C’est notamment là que sont attendus des engagements concrets de l’Etat.

Répartition par provenance de l’électricité disponible :  le nucléaire représentait 59 % en 2016.

L’électricité solaire progresse et est passé de 0,1 TWh à 8,4TWh entre 2004 et 2016 pour une production totale de 531 TWh (soit 1,6 %). L’éolien en 2016 représente 20,9 TWh (3,9 %) et le nucléaire 384TWh (72,3 %).

 

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