Apprendre de ses difficultés pour bien engager l’avenir

Le samedi 21 décembre 2024, avec la mise en service industrielle à 20 % de puissance, FLA3 (1 650 MW) est entré dans l’histoire du nucléaire civil français, près d’un quart de siècle après le couplage de Chooz 2. Cette opération de couplage sera répétée à plusieurs reprises, pendant plusieurs mois, avant que cette 57eme unité du parc nucléaire entre officiellement dans son premier cycle, pour une mise en service commerciale à l’été 2025.

Les salariés sont au cœur de cette réussite La CGT tient à saluer les bâtisseurs et exploitants, EDF, prestataires, fournisseurs qui se sont succédés et ont tous contribué, dans des conditions plus que difficiles, à la mise en service de l’installation, même si ce démarrage est délicat avec de nombreux événements, et que l’installation reste complexe. Mais cet apprentissage est classique, notamment pour une tête de série, et n’a pas d’impact significatif sur la sûreté, car il reste sous maîtrise des exploitants. C’est grâce à l’abnégation des salariés que ce prototype a démarré, et il nécessitera une attention soutenue et des moyens humains à la hauteur pour son exploitation et sa maintenance.

FLA3 = 60 années de production pilotable et bas carbone

Les déboires du chantier n’ont été que les conséquences du moratoire mortifère sur le nucléaire civil, de la transformation de l’EPIC EDF en SA et surtout de la désindustrialisation de notre pays qui auront été payés cash en retards, dérives, manque de qualité… pour un coût de construction estimé à 13.2 Md €2015 (hors intérêts intercalaires) à mettre en regard des 60 prochaines années de production pilotable et bas carbone.

Un rôle central de la CGT dans l’alerte sociale et face aux difficultés

Dès la conception, la FNME-CGT avait prévenu que les plannings, coûts et délais annoncés étaient irréalistes, et que le projet nécessiterait au moins une décennie, pointant aussi régulièrement les risques, les conditions de travail difficiles, le dumping social à l’encontre des travailleurs détachés, les irrégularités dans l’application du droit du travail, les dérives du projet… aboutissant notamment à la condamnation de Bouygues TP en 2015 pour travail dissimulé.

Défauts de fabrication de la cuve en 2015, soudures défectueuses en 2018, difficultés de gestion dénoncées dans le rapport Folz en 2019… les nombreux problèmes techniques expliquent une grande partie des retards accumulés, et la CGT a régulièrement pointé la perte de compétences de la filière nucléaire, conséquence directe du moratoire sur le nucléaire.

Apprendre des erreurs du passé pour réussir les EPR2

FLA3 ouvre désormais la voie aux réacteurs EPR2 de demain. Mais engager et réussir ce nouveau programme palier nécessite de s’appuyer sur l’expertise collective des salariés de la filière et de leurs représentants. Il faudra donc travailler avec pragmatisme et humilité, progresser en continu avec la filière. La CGT mesure toute l’ampleur et la complexité de cette tâche qui doit s’inscrire dans la durée. C’est pourquoi elle exige :

  • Une ingénierie bien dimensionnée et organisée pour transférer ses compétences d’Architecte ensemblier,
  • Un tissu industriel solide, consolidé, basé sur une cartographie et une planification qui garantit des carnets de commandes lissés, avec des PME et entreprises de proximité, nationales, européennes en capacité d’investir dans des moyens de production et des emplois de long terme et de qualité,
  • Des moyens financiers adaptés à cette filière très

« capitalistique » (investissements colossaux pour un cycle de vie extrêmement long), qui sont incompatibles avec des profits courts termes décorrélés de la réalité industrielle.

Ce programme de long terme doit être assis sur la projection des besoins, avec une vision dépassant les échéances électorales et les dividendes récurrents, pour donner un vrai avenir à EDF, entreprise intégrée, avec la propriété et les responsabilités que cela lui confère, depuis la construction jusqu’à l’exploitation et la maintenance des centrales.

FLA3 ouvre la voie aux réacteurs EPR2 de demain

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