La menace de l’intelligence artificielle se précise dans les IEG

L’IA qui va sans doute “libérer du temps”, “augmenter la productivité” “réinventer les métiers” sert surtout de prétexte pour supprimer des milliers d’emplois dans le monde, en priorité les professions intellectuelles, les métiers de service et les fonctions support. Les IEG n’échappent pas à cette lame de fond et pour les ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise d’encadrement (ICTAME), la question n’est donc plus de savoir si l’IA va entrer dans leur travail, mais comment et à quelles conditions.

L’IA devient l’argument des restructurations

48 000 suppressions d’emplois aux USA depuis janvier 2025 (31 000 rien qu’en octobre !) soi-disant à cause de 1TA. Idem chez Lufthansa, Amazon… Cette vague marque une rupture historique, car si par le passé l’automatisation touchait surtout les ouvriers, l’IA générative vise désormais les cols blancs.

40% des emplois sont exposés à FIA et jusqu’à 60 % dans les économies avancées

Le Fonds Monétaire International estime que 40 % de l’emploi mondial est exposé à l’IA, avec un pic à 60 % dans les économies avancées. L’étude GDPval d’OpenAI montre que les meilleurs modèles d’IA sont déjà proches de la parité avec les experts humains sur près de la moitié des tâches professionnelles testées. Finance, services techniques, santé administrative sont particulièrement visés.

QUELQUES CHIFFRES CLÉS sur l’IA

  • 48 400 suppressions d’emplois liées à l’IA aux États- Unis en 2025
  • 40% de l’emploi mondial exposé à l’IA selon le FMI
  • Chez ENGIE, 3 950 salariés concernés par des emplois en décroissance
  • Chez EDF, 5 à 10 000 connexions quotidiennes à ChatGPT en 2023-2024
  • Copilot 365 : -50% du temps consacré aux comptes- rendus chez EDF

Dans les IEG, l’IA structure déjà les stratégies d’emplois

Chez ENGIE, la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels organise la décroissance : -21% sur les 18 000 CDI du périmètre en cours de négociation (GEPP) : soit 3 950 salariés concernés contre seulement 480 emplois en croissance. Ce sont des centaines de suppressions sur les seules fonctions support pour 2025-2028. À chaque fois, l’IA revient comme un fil rouge obsessionnel. Partout, l’automatisation est présentée comme inéluctable (Finance, Achats, RH, Digital & IT…). Dans la filière Finance, 230 à 285 suppressions sont projetées au motif de l’automatisation du back-office comptable. Dans les Achats & Logistique, 100 à 140 postes sont visés par la standardisation et l’IA.

Mais derrière le discours technologique se cache un choix politique. Cette trajectoire d’effectifs existait déjà et l’IA arrive surtout pour rendre ces choix de rentabilité “modernes” et “objectifs”. On ne discute plus de la stratégie de l’entreprise mais de son adaptation à une prétendue révolution technologique.

Chez EDF, la menace est confirmée par le rapport d’expertise du cabinet Twisting pour le CSE Central d’EDF qui tire la sonnette d’alarme. Entre avril 2023 et septembre 2024, il a comptabilisé 5 à 10 000 connexions/ jour à ChatGPT depuis les postes de travail EDF, sans aucun encadrement.

Et l’expérimentation de Copilot 365 auprès de 350 salariés montre déjà une transformation des pratiques, comme une réduction de 50 % du temps consacré aux comptes rendus de réunion.Cette transformation de FIA, par érosion, moins visible qu’un plan social, éradique les effectifs

Si EDF n’a pas encore annoncé de plan de suppressions d’emplois massif lié à FIA, les signaux d’alerte se multiplient et le rapport identifie plusieurs mécanismes qui menacent l’emploi. L’intensification du travail crée d’abord une nouvelle norme de productivité et une augmentation des exigences, d’où de nombreux non- remplacement de départs. Les missions des postes vacants sont redistribuées aux salariés restants aidés de FIA.

Cette transformation par érosion, moins visible qu’un plan social, éradique les effectifs. L’IA générative devient l’outil idéal et le rapport CSEC la lie explicitement avec le « Temps Métal » qui vise à maximiser le temps de production effectif en réduisant les activités jugées “à faible valeur ajoutée”.

Les fonctions administratives et de support sont visées : documentation technique, assistance de gestion, synthèse et reporting, activités de back-office dans les RH, finance, communication… Pour les ICTAME, ce risque touche en particulier l’ingénierie de support, la gestion administrative de projet et toute la production documentaire.

Mais à terme, c’est la valeur même du travail intellectuel qui est remise en cause, réduite à une série de tâches prétendument automatisables. Qu’adviendra-t-il des centres de réception des appels clients ?

Face à cette offensive, nous devons refuser la fatalité technologique

Ce ne sont pas les machines qui suppriment les emplois mais les choix de gestion. Quand FIA génère des gains de productivité, l’entreprise a le choix de les partager ou de les transformer en suppressions de postes, mais ENGIE comme EDF privilégient la seconde option.

Nous devons donc exiger une transparence totale sur tous les projets dTA. Trop souvent la direction invoque FIA de manière générique, sans projet concret ni gains mesurés. Il faut exiger, filière par filière, les calendriers réels, les outils déployés, les résultats objectifs pour démonter des discours souvent creux.

Exiger une transparence totale pour que les gains de productivité bénéficient aux salariés

Les gains de productivité doivent bénéficier aux salariés : allègement de la charge, réduction collective du temps de travail, passage aux 32 heures, augmentation des congés. Sans ces contreparties, il faut s’opposer frontalement aux projets d’IA dans les négociations qui ne visent que la réduction d’effectifs.

La formation est un enjeu central de cette bataille : c’est un droit opposable, qui nécessite des moyens à la hauteur et un accompagnement individuel renforcé. Si certains métiers évoluent ou se transforment, l’entreprise doit investir massivement dans la qualification des salariés, avec des parcours

de formation longs et qualifiants, et non de simples “sensibilisations” de quelques heures. C’est ainsi que les transitions professionnelles seront facilitées vers de nouveaux métiers, avec une progression du salaire et de la classification.

Construire une mobilisation collective des ICTAME pour imposer d’autres choix de société

Aujourd’hui, les diplômes et les compétences ne nous protègent plus face à FIA générative. Cette prise de conscience doit nourrir une solidarité de classe renouvelée entre tous les salariés. Dans ce combat, FUfict-CGT doit jouer son rôle auprès des ICTAME en déconstruisant le discours managérial, en documentant les impacts réels et en outillant les sections syndicales. Car FIA peut améliorer le travail réel, mais si elle est laissée aux seules mains des directions, elle restera un levier politique de réduction des effectifs et d’intensification du travail. C’est un vrai choix de société : les gains de productivité doivent servir des emplois qualifiés, stables, utiles à la transition énergétique et non accroître les dividendes !

Ce sont toujours les salariés qui font vivre nos entreprises, pas les algorithmes

Il faut dépasser les discours technologiques et idéalistes sur FIA justifiant des suppressions d’emplois. A nous de refuser cette fatalité en rappelant une évidence : ce sont toujours les salariés qui font vivre nos entreprises, pas les algorithmes…

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