De la parole aux actes

(Options n°641 – Novembre 2018)

Le projet ASTRID, le prototype français de réacteur nucléaire de quatrième génération, est sur la sellette.

La France fait preuve d’une excellente performance en matière d’émission de dioxyde de carbone, quatre fois mieux que la moyenne mondiale, dix fois mieux que la Chine. Elle pourrait constituer un modèle en matière de production d’électricité puisque ses performances sont notamment dues à l’importance de son parc de centrales nucléaires qui produit une énergie très peu émissive en gaz carbonique.
C’est sur ces constats qu’André Berger, Directeur de recherche à l’Université Catholique de Louvain, encourage le Président de la République à mener une politique nucléaire et environnementale offensive et efficace dans un courrier adressé à Emmanuel Macron d’août 2018*. Dans sa réponse, le 10 octobre 2018, le Président fait part de sa conviction de « l’importance particulière du nucléaire, en tant qu’énergie décarbonnée, pour garantir un niveau d’émission de gaz à effet de serre le plus bas possible. »

Contradiction entre discours présidentiel et réalité du terrain

Le recul du nucléaire, déjà acté par les objectifs de la loi de Transition Energétique pour une croissance verte, n’augure pas d’une politique de long terme, sachant que les temps de construction et d’exploitation se comptent en décennies et la gestion des déchets en plusieurs centaines d’années. Malgré le recul du gouvernement sur les dates de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité (initialement 50 % en 2025 puis en 2030, contre 75 % aujourd’hui), cela n’enlève pas les doutes qui se répandent, tant dans le secteur de la recherche que dans l’industrie. En effet, l’actualité inquiète…
Une partie des combustibles usés est retraitée, pour ne resservir qu’une fois sous forme de combustible MOX (combustible recyclé). Cela n’est possible actuellement que sur les réacteurs du parc actuel les plus anciens (900 MW). Or ce sont ceux-là même qui seraient susceptibles de fermer en premier.
Il y a pourtant une autre solution possible pour retraiter ces combustibles, sous forme de multi-recyclage, avec la filière des réacteurs à neutrons rapides à caloporteur sodium.
Après la mise à l’arrêt prématurée du prototype Superphénix en juin 1997, un nouveau projet d’un démonstrateur (ASTRID) a été mené par le CEA. Depuis 2006, le CEA et l’Etat consacrent une part importante de leurs budgets à des études préalables sur ce nouveau prototype susceptible de diminuer fortement la toxicité et la quantité des combustibles usés non réutilisés ou non réutilisables sous forme de MOX. Pourtant, des discussions de couloir au Sénat entre élus et hauts fonctionnaires confirmeraient l’abandon de ce projet par l’Etat.
Depuis son arrivée en mai 2018, le nouvel Administrateur Général du CEA affiche son scepticisme, à tel point que les équipes de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens sont invitées à envisager une reconversion. Le Directeur de l’Energie Nucléaire, qui défendait ce projet, déclarait : « nous n’avons pas le droit de léguer un fardeau aussi lourd que ces tonnes de Plutonium contenus dans les combustibles usés ». Il vient d’être « remercié » par la nouvelle Direction.
Si la réponse polie du Président Macron au Directeur de l’Université de Louvain laisse espérer une prise de responsabilité de l’Etat, il n’en est rien pour le moment sur le terrain. ■

Nous n’avons pas le droit de léguer un fardeau aussi lourd que ces tonnes de Plutonium contenus dans les combustibles usés »

 

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