Des profits records qui appellent une autre répartition des richesses

Un chiffre d’affaires de 73,8 Md € (-10,6 % par rapport aux 82,6 Md € de 2023), un résultat net « récurrent » (voir plus bas) de 5,5 Md €, un dividende de 1,48 €/action… Ces résultats, présentés comme le signe d’une « forte performance opérationnelle et financière », traduisent surtout une stratégie centrée sur la satisfaction des marchés financiers, au détriment des investissements en Europe et en France pour l’outil industriel… Et surtout plus d’austérité interne (plans d’économies répétés, pression sur salaires et effectifs), la vente par morceaux du Groupe (amont gazier à Total et à un fonds spéculatif, services énergétiques à Bouygues, cession partielle de grandes infrastructures), et une dette qui augmente pour financer ces généreux dividendes.

Une performance en trompe-l’œil avec des réalités plus nuancées

Si le résultat net part du Groupe bondit de +85,9 % à 4,1 Md €, cela s’explique par l’absence de provisions nucléaires belges importantes en 2024, contrairement à 2023. ENGIE communique donc désormais sur les comptes en incluant le nucléaire pour les embellir, car le nucléaire est le grand gagnant 2024 avec un EBIT (ressources générées par les activités principales) en hausse de 139,4 % à 1,45 Md € ! C’est principalement dû à « l’absence de taxe inframarginale en Belgique », supprimée en juin 2023, et qui captait les “sur- profits” des producteurs d’électricité pendant la crise énergétique. ENGIE conserve ainsi l’intégralité de ses marges sur le nucléaire belge. Sinon, hors nucléaire, l’EBIT baisserait de 6 %, avec des performances variant considérablement selon les activités : Renouvelables (+7,3 %), Infrastructures (+15,3 %), mais -33 % pour le trading GEMS par exemple.

La hausse en bourse est davantage liée aux promesses de dividendes qu’aux perspectives industrielles

La récente hausse du cours de bourse, comme après l’an- nonce de la vente d’Engie Home Services le 6 mars 2025, est davantage liée aux promesses de dividendes qu’aux perspectives industrielles du Groupe.

Les actionnaires avant tout, au détriment du reste

Avec un résultat net « récurrent » 2024 proche du niveau record de 2023, ENGIE maintient sa dynamique financière post-crise énergétique, mais avec un calcul qui exclut des éléments exceptionnels. Et cela minore la part consacrée aux dividendes : 65 % affichés, mais qui, en réalité, représentent 92 % du résultat net comptable. Les actionnaires empocheront ainsi entre 3,6 et 4 Md € !

Une stratégie financière de court-terme qui appauvrit l’entreprise qui s’endette

ENGIE soutient que cette générosité n’entrave pas l’investissement, citant 10 Md € déployés en 2024 (dont 7,3 Md € vers la croissance, à 84 % vers les énergies renouvelables, solutions clients et production flexible). Mais ces Md € per- dus en dividendes sont autant de Md € en moins pour les investissements et pour un désendettement devenu cru- cial. Car la dette nette du groupe augmente de 3,7 Md €, pour atteindre 33,2 Md €. Cette stratégie financière de court-terme, pour verser un maximum de dividendes aux actionnaires, appauvrit l’entreprise qui s’endette plutôt que de renforcer ses fonds propres !

Changer radicalement de stratégie, au service de l’intérêt général

Car les salariés attendent une juste reconnaissance, à l’op- posé de ce modèle où la rémunération du capital prime sur l’intérêt collectif. Le groupe s’éloigne de plus en plus de sa mission : assurer un service public de l’énergie, accessible et durable. Face à l’urgence climatique et sociale, l’heure n’est pourtant plus aux dividendes records mais à un modèle énergétique au service de tous. Pour la CGT et son Ufict, il faut changer cette stratégie et les 13,1 Md € de cash-flow doivent prioritairement financer la transition énergétique, améliorer les salaires et les conditions de travail afin de garantir des emplois durables et de qualité.

Réagir

Votre mail ne sera pas publié.