L’égalité à l’épreuve des responsabilités

Réunions tardives, surcharge invisible, jugements sur l’attitude plus que sur le travail… derrière les discours sur l’égalité femmes/hommes, la réalité du travail des femmes cadres reste largement passée sous silence. Pour la rendre visible et construire des revendications à partir du travail réel, l’Ufict-CGT lance donc une campagne nationale sur les femmes cadres.

Des sujets oubliés dans la recherche de l’égalité professionnelle femmes/hommes

Si dans le débat sur l’éga pro, les écarts de salaire ou le plafond de verre sont souvent évoqués, un angle mort demeure : la situation des femmes qui exercent des responsabilités. Car être cadre ou encadrante ne renvoie pas seulement à un statut. C’est une réalité de travail faite de décisions à prendre, d’équipes à coordonner, d’arbitrages à rendre et d’objectifs à atteindre. C’est aussi être exposée en permanence aux évaluations, parfois très subjectives, qui conditionnent la suite de sa carrière : « posture », « style », « capacité à évoluer »…

Aux femmes cadres, on demande de réussir… mais surtout de le prouver et tout le temps

Dans ce contexte, rester légitime n’est jamais totalement acquis et se rejoue constamment au quotidien : « Aux femmes cadres, on demande de réussir… mais surtout de le prouver, et tout le temps ».

Le travail d’encadrement subit aujourd’hui une forte intensification

La charge de travail rallonge les journées de travail. La disponibilité permanente devient la norme. La frontière entre temps professionnel et temps personnel s’efface de plus en plus… L’organisation du travail personnel repose donc sur un surinvestissement permanent. Cela suppose d’absorber les urgences, répondre aux sollicitations, tout en restant disponible pour son équipe et sa hiérarchie.

Mais pour les femmes cadres et/ou encadrantes, cette exigence professionnelle se surajoute aux « attentes sociales familiales » qui continuent de peser principalement sur les femmes.

Être une cadre engagée, tout en restant une mère disponible et une conjointe présente, constitue une tension permanente. Et même lorsque les tâches domestiques sont réellement partagées, la charge mentale et la responsabilité de l’organisation familiale reposent encore majoritairement sur elles…

Être une cadre engagée, tout en restant une mère disponible : une tension permanente

Cette pression, souvent invisible au travail, crée des injonctions contradictoires, comme rester pleinement investie dans son travail sans jamais avoir le sentiment de négliger sa famille. Cela pèse sur les parcours professionnels et conduit certaines femmes à limiter leurs ambitions ou à renoncer à des responsabilités. Car pour beaucoup de femmes, accéder à des responsabilités signifie devoir réussir partout et tout le temps.

Des inégalités salariales qui persistent, y compris à responsabilités équivalentes

Accéder à des responsabilités ne gomme pas les inégalités salariales. Les écarts de rémunération restent importants, y compris parmi les cadres. À temps plein équivalent, les femmes cadres gagnent en moyenne près de 20 % de moins que les hommes cadres, selon les données Agirc-Arrco.

– 20 % de salaire pour les femmes cadres par rapport aux hommes cadres
(Agirc-Arrco)

Ces écarts s’expliquent en partie par la concentration des femmes dans certains secteurs ou fonctions moins valorisés, mais aussi par des mécanismes plus diffus : progression de carrière plus lente, accès plus limité aux responsabilités hiérarchiques importantes, ou encore opacité des primes et des parts variables qui entretiennent ces inégalités et rendent plus difficile leur contestation. D’autant que la maternité reste un facteur aggravant, qui souvent reconnaissance salariale.

Prouver en permanence sa légitimité

À ces contraintes matérielles s’ajoutent des mécanismes plus diffus, mais tout aussi pesants. Dans les réunions ou les espaces de décision, la parole des femmes est plus souvent interrompue ou contestée et les comportements sexistes ordinaires sont fréquents. Tout cela contribue à fragiliser leur position, et beaucoup de femmes développent des stratégies d’adaptation injustes : modifier leur manière de s’exprimer, contourner certaines situations, redoubler d’efforts pour démontrer leurs compétences… Mais ces expériences restent malheureusement largement invisibilisées et sont souvent renvoyées à des situations individuelles : manque de confiance, difficulté à s’imposer, choix de vie… En réalité, ce sont des mécanismes collectifs, liés à l’organisation du travail, aux critères d’évaluation et aux rapports de pouvoir en place dans les entreprises. Et les chiffres le confirment : si les femmes représentent aujourd’hui une part importante des cadres, leur présence diminue fortement à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. Largement minoritaires dans les postes de direction, elles accèdent moins souvent aux postes à responsabilités hiérarchiques importantes.

Partir du travail réel des femmes pour construire des revendications

Toutes ces réalités ne relèvent donc pas de situations individuelles et renvoient à l’organisation du travail, aux critères d’évaluation et aux mécanismes de reconnaissance dans l’entreprise. Pour les rendre visibles, l’Ufict-CGT lance une campagne consacrée aux femmes cadres et encadrantes. L’objectif est de partir des situations vécues afin de mettre en lumière des mécanismes souvent passés sous silence pour construire des revendications concrètes. La campagne s’articulera autour de plusieurs axes : l’égalité salariale et la transparence des rémunérations, la prise en compte de la charge réelle de travail, mais aussi les conditions d’exercice des responsabilités ainsi que la lutte contre les discriminations et le sexisme ordinaire qui continuent de polluer les relations de travail.

Un mur de parole : pour rendre visible ce qui ne se dit pas

Cet espace d’expression, mis en place par l’Ufict-CGT va permettre aux femmes cadres et encadrantes de témoigner anonymement de leurs expériences professionnelles pour rendre visibles des situations souvent tues : réunions tardives devenues « normales », surcharge invisible liée à la coordination des équipes, évaluations reposant sur des critères subjectifs, primes peu lisibles, carrières freinées à certains moments de la vie… Tous ces récits mettront au grand jour les mécanismes récurrents à l’œuvre dans les entreprises.

L’égalité ne se décrète pas : elle se construit à partir
du travail réel

Mais l’objectif n’est pas seulement de recueillir des témoignages : ces récits alimenteront nos revendications pour que ça change. Ils constitueront un point d’appui pour engager des débats dans les collectifs de travail et renforcer l’organisation des femmes cadres. Car l’égalité ne se décrète pas : elle se construit à partir du travail réel.

Le 8 mars : un point de départ et d’appui pour lancer cette campagne

Car les inégalités professionnelles ne se résument pas à une journée symbolique et ce combat doit s’inscrire dans la durée : recueillir des témoignages et faire émerger des revendications à partir des situations concrètes vécues par les salariées, organiser des débats dans les entreprises, diffuser des outils. Car derrière les discours des directions vantant l’égalité professionnelle, la réalité du travail des femmes cadres reste largement invisibilisée et trop souvent reléguée au second plan. Alors que pour beaucoup d’entre elles, le travail continue de ressembler à cela : « Assumer des responsabilités. Prouver sa légitimité. Et recommencer… jour après jour ! ».

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