Longtemps vues comme des filières secondaires, les énergies renouvelables (EnR) occupent désormais une place centrale dans le débat énergétique. Mais la transition énergétique ne sera réussie que s’il y a un équilibre entre toutes les énergies avec une maîtrise 100 % publique et démocratique. Car si la progression des EnR est bien réelle et leur utilité avérée, elles imposent aussi des contraintes et leur fort essor pose aussi des questions de fond.
Qui exploite, qui fabrique, qui raccorde, qui démantèle, quel impact sur les réseaux, quels financements et charges pour le service public et enfin pour quels besoins réels ?
Autant de questions ouvertes auxquelles ce dossier Options tente de répondre…

Des EnR qui sont plurielles

Pour la FNME-CGT, si les EnR ont toute leur place dans un mix bas carbone, encore faut- il les développer avec des réseaux solides, associés à une politique industrielle qui crée une chaine de valeur, des emplois qualifiés et une vraie logique de service public.

En 2024, les EnR représentent 15,8 % de la consommation primaire d’énergie en France et 23,0 % de la consommation finale brute d’énergie au sens des règles européennes. La PPE 3 (Programmation Pluriannuelle de l’Energie), publiée le 13 février 2026, confirme cette montée en puissance et s’inscrit dans une stratégie plus large de décarbonation, d’électrification et de souveraineté.

Les énergies renouvelables sont partout dans le débat public et sont souvent présentées comme une évidence, mais le récent black-out ibérique de fin avril 2025 a aussi mis en évidence leurs limites.

Les EnR regroupent des filières très différentes

Elles restent encore mal connues du grand public, car pour beaucoup elles ne renvoient qu’à des éoliennes et des panneaux solaires, mais c’est aussi, et surtout, l’hydraulique, le bois (biomasse), la valorisation des déchets avec du biogaz… avec des histoires, des rythmes de développement et des usages qui ne se ressemblent pas. Il est donc temps de sortir des slogans, car si nucléaire et renouvelables contribuent à réduire les émissions, à accompagner l’électrification des usages et renforcer la souveraineté énergétique, les EnR ne sont ni un décor vert, ni une solution magique. Pour la CGT, le point décisif n’est pas seulement de produire davantage d’énergie. Il est aussi de savoir dans quelles conditions se fait cette production, avec quels réseaux, quelle industrie, quels emplois et quelle maîtrise publique. La confédération défend l’énergie comme un bien commun, de service public et de souveraineté, et appelle à planifier les mix énergétiques au service de la décarbonation, de la reconquête industrielle, des emplois en France et de la lutte contre la précarité énergétique.

Des filières longtemps périphériques devenues désormais un sujet central

Pendant longtemps, les renouvelables ont occupé une place modeste dans le paysage énergétique français. L’hydraulique faisait figure d’exception et les autres filières apparaissaient souvent comme des compléments. Le bilan énergétique restait dominé par la consommation de combustibles fossiles, et par le couple nucléaire-hydraulique dans l’électricité. Cette réalité explique une partie du retard français.
Car selon le SDES (Statistique publique de l’énergie, des transports…), en 2023 la France n’occupait encore que la 15ème place de l’Union Européenne pour la part des renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie. En 2024 la France a atteint 23,0 % et rejoint, avec retard, l’objectif fixé… pour 2020.

Aujourd’hui, les EnR se développent de manière régulière

Leur poids économique augmente lui aussi. Le SDES estime qu’elles étaient à l’origine de 21,7 Md € d’investissement et de 118 000 emplois en équivalent temps plein en 2022. Mais c’est surtout leur diversité qui mérite d’être rappelée. Le bois-énergie et l’hydraulique restent les filières les plus développées, et dans le même temps, l’éolien, le solaire photovoltaïque et les pompes à chaleur figurent parmi les EnR qui progressent le plus.

Le bois-énergie et l’hydraulique restent les filières EnR les plus développées

Autrement dit, la dynamique renouvelable ne repose pas sur une seule technologie, mais s’appuie sur une dizaine de filières, avec des contraintes industrielles, des coûts de système et des besoins de compétences très différents.

Une montée en puissance qui se mesure aussi dans le système électrique

RTE indique qu’en 2025 la production d’électricité en France métropolitaine a atteint 547,5 TWh. La production bas carbone, nucléaire et renouvelables réunis, a atteint 521,1 TWh, soit 95,2 % du total. Dans le même temps, la production solaire a progressé de 8,1 TWh sur un an, quand la production éolienne augmentait de 2,8 TWh. Le parc solaire a ainsi atteint 31,3 GW fin 2025, avec 6,1 GW supplémentaires raccordés dans l’année. Le parc éolien a atteint 26,1 GW, dont 2,0 GW en mer.
Ces chiffres montrent que les énergies renouvelables ne sont plus marginales et qu’elles s’inscrivent dans un système où la décarbonation repose sur plusieurs piliers et non sur une filière unique.

Toutes les EnR ne jouent pas le même rôle

Certaines produisent de l’électricité, comme l’hydraulique, l’éolien et le solaire, quand d’autres apportent de la chaleur ou du gaz renouvelable, comme la biomasse, le biométhane, la géothermie ou les réseaux de chaleur.
D’ailleurs, le biométhane illustre bien cette diversité. Au 31 décembre 2025, 803 installations injectaient déjà dans les réseaux de gaz une capacité de 15,5 TWh par an, et la file d’attente représentait encore 18,7 TWh par an.
La question n’est donc pas seulement celle d’un volume d’électricité verte, mais celle d’un ensemble de solutions à articuler avec les usages, les réseaux et l’appareil productif.

Un ensemble de solutions à articuler avec les usages, les réseaux et l’appareil productif

Ce changement d’échelle modifie aussi le regard politique porté sur les renouvelables. Hier, elles étaient souvent perçues comme un sujet d’appoint. Aujourd’hui, elles deviennent un sujet de stratégie nationale et la PPE 3 acte cette accélération, notamment sur le photovoltaïque (PV), l’éolien en mer, le biométhane et la chaleur renouvelable.

Aujourd’hui, les EnR sont un sujet de stratégie nationale et non plus un sujet d’appoint

Le débat ne porte donc plus seulement sur leur existence, mais aussi sur leur place exacte dans le mix énergétique, sur leur articulation avec les autres moyens bas carbone, sur leur ancrage industriel et sur les conditions sociales de leur développement. Et c’est là que commence vraiment le débat syndical.

Pourquoi les EnR sont-elles devenues si importantes dans le système énergétique ?

La première raison est climatique. La France doit réduire fortement ses émissions carbonées dans les secteurs du transport, de l’industrie et de l’agriculture notamment. Cela suppose de remplacer une part importante des usages fossiles par des usages électriques ou par des énergies renouvelables sous d’autres formes, comme la chaleur renouvelable ou le biométhane.

En 2024, la part des EnR dans la consommation finale brute d’électricité atteint 30,8 %, celle de la chaleur et du froid 31,1 %, et celle des transports 10,7 %. On voit à la fois les progrès accomplis et l’ampleur du chemin restant pour atteindre les objectifs de 2030. Les renouvelables deviennent donc une pièce importante du nouvel équilibre énergétique.

La deuxième raison est celle de la souveraineté. Depuis très longtemps, la France vit avec une forte dépendance aux importations de pétrole et de gaz. Cette dépendance pèse sur les prix, sur la balance commerciale et sur la sécurité d’approvisionnement (et cela d’autant plus dans la période actuelle…). Si développer les EnR ne règle pas tout, cela réduit une partie de cette fragilité. Le SDES rappelle d’ailleurs que la France est déjà le 2ème producteur européen de biomasse, d’hydroélectricité, de déchets renouvelables et de géothermie. Cela montre qu’il existe des atouts nationaux réels, à condition de les inscrire dans une stratégie industrielle cohérente et de service public.

La troisième raison est industrielle. L’électricité va prendre plus de place dans l’industrie, les transports, les bâtiments et les usages numériques. RTE rappelle qu’en 2025 les émissions liées à la production d’électricité française représentent environ 11 MtCO²eq (millions de tonnes en équivalent CO ), soit à peu près 3 % des émissions 2 nationales. Ceci est lié à notre système électrique déjà très
largement décarboné. Autrement dit, le principal enjeu n’est pas de « verdir » un secteur électrique déjà très bas carbone, mais de produire assez d’électricité et d’énergies décarbonées pour remplacer des usages fossiles dans le reste de l’économie, tout en conservant une base industrielle en France.

Produire assez d’électricité et d’énergies décarbonées pour remplacer des usages fossiles

Pour la CGT, c’est précisément pourquoi le débat devient pleinement politique et social. Dire que les EnR sont incontournables ne suffit pas, il faut aussi dire pourquoi et dans quelles conditions. Une transition bien conduite doit réduire les émissions, limiter la dépendance aux fossiles, mais développer aussi l’ensemble de la chaine de valeur, l’emploi avec un nouveau statut du travail salarié de l’énergie, tout en soutenant l’activité dans les territoires. Mais il faut en parallèle répondre à des exigences de long terme. RTE chiffre à environ 100 Md € sur quinze ans l’adaptation du réseau de transport d’électricité. Enedis rappelle de son côté que 90 % des installations de production d’EnR sont raccordées au réseau de distribution.
Sans réseaux robustes, sans anticipation industrielle, sans formation et sans emplois qualifiés, la France s’expose à des défaillances du système électrique et risque de ne pas réussir à atteindre ses objectifs de décarbonation.

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