STRATÉGIE NATIONALE BAS CARBONE (SNBC 3)

OUI au climat mais NON à la casse du gaz !

a SNBC 3 fixe les budgets carbone et la trajectoire censée conduire le pays vers la neutralité carbone en 2050. Le décret n’est toujours pas publié (en raison de la procédure, officiellement), et le texte mis en ligne par le ministère reste un projet qui doit encore passer par les consultations obligatoires, puis par une consultation du public, avant une adoption annoncée au printemps 2026.

Un cap très exigeant pour le gaz, mais peu crédible

La SNBC 3 fixe plusieurs objectifs. D’abord, diviser par deux les émissions territoriales brutes d’ici 2030 par rapport à 1990. Réduire ensuite la consommation finale d’énergie de 20 % en 2030 puis de 50 % en 2050 par rapport à 2012. Enfin, sortir progressivement des énergies fossiles pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
Pour le bâtiment, le scénario de référence prévoit le remplacement par des solutions décarbonées de 20 % des chaudières gaz d’ici 2030 (environ 9,5 millions de foyers seraient encore chauffés au gaz à cette date). En 2050, le document table sur un gaz entièrement décarboné dans les réseaux, autour de 106 TWh (TéraWattheures PCS), surtout du biométhane et un peu de gaz de synthèse.
Le vrai sujet est donc moins le cap que sa crédibilité. En effet, pour respecter le 3ème budget carbone (2024-2028), le Haut Conseil pour le Climat (HCC) estime qu’il faut désormais réduire les émissions de plus de 4 % par an. Or, selon la dernière estimation des émissions de l’année 2025, la baisse n’a été que de 1,5 % en 2025, après 1,8 % en 2024 (baromètre mensuel du Citepa : association qui travaille sur la transition écologique). Le HCC ajoute que plusieurs leviers, déjà présents dans la SNBC 2, n’ont pas produit les effets attendus, et que l’instabilité des dispositifs de soutien reste un frein majeur. En clair, si la SNBC 3 est atteignable sur le papier, elle ne le sera pas sans moyens renforcés, des règles stables et des choix industriels cohérents.

La stratégie SNBC 3 reste profondément déséquilibrée et pousse le gaz vers la sortie

Alors que le gaz garde encore une place importante dans la réalité des usages à court terme, la SNBC 3 vise une électrification massive. L’annonce récente du 1 ministre, qui, d’ici fin 2026, proscrit l’installation de chaudières à gaz dans les constructions neuves, durcit encore le signal politique envoyé à toute la filière. Pour la FNME CGT, demander au secteur de se transformer vite, mais sans sécuriser la conversion des outils, des réseaux, des métiers et des emplois est un risque important et engendre un problème politique et industriel. D’un côté, la SNBC 3 organise la baisse rapide des usages fossiles. De l’autre, elle ne donne qu’une place limitée aux gaz verts dans le futur système avec 106 TWh en 2050.

La SNBC 3 ferme vite les débouchés historiques du gaz sans ouvrir suffisamment les nouveaux débouchés

Pour une partie des acteurs du gaz, cette cible est trop basse au regard des potentiels de biométhane, de gaz de synthèse et des besoins de souveraineté énergétique. Autrement dit, le texte ferme vite les débouchés historiques sans ouvrir suffisamment les nouveaux débouchés.

Pour les entreprises gazières des IEG, l’enjeu n’est pas de savoir s’il faut bouger,  mais comment ?

Le rapport de la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) montre que l’adaptation des réseaux pour accueillir les gaz décarbonés représenterait entre 6 et 9,7 Md€ d’ici 2050, soit environ 200 à 300 M€/an. Un niveau jugé raisonnable au regard des investissements actuels.

Même avec une forte baisse de la consommation, le réseau de transport gaz reste utile

Il montre aussi que le réseau de transport gaz reste largement utile même avec une forte baisse de la consommation, et que seule une petite part des ouvrages pourrait devenir libérable à long terme.

Les stockages gaz sont nécessaires pour la pointe hivernale, même si leur profil d’usage change

Les stockages resteraient nécessaires pour la pointe hivernale, même si leur profil d’usage change. En conséquence, une politique sérieuse devrait convertir et optimiser le système gaz, et non l’abandonner à marche forcée.

Ne pas abandonner le système gaz mais le convertir et l’optimiser

Pour la distribution, cela veut dire maintenir le maillage, raccorder davantage d’unités de biométhane et éviter que la chute des volumes ne serve de prétexte à des fermetures d’implantations. Pour le transport et le stockage, il faut préserver la flexibilité, la sécurité d’approvisionnement et la place de la France dans le système gazier européen. Concernant les terminaux méthaniers, l’incertitude de long terme mériterait une vraie stratégie de reconversion, et non une gestion au fil de l’eau, sinon, ce sont des savoir- faire, des équipes qualifiées et des capacités utiles au pays qui seront fragilisés.

La perspective d’un choc industriel et social

La question sociale est tout aussi essentielle. Le HCC reconnaît que la SNBC 3 anticipe des besoins importants de renouvellement des compétences et qu’elle affiche un objectif de formation. Mais le HCC ajoute aussitôt que les secteurs et les territoires les plus exposés restent trop mal
identifiés, et qu’il n’y a pas suffisamment de mécanismes concrets de protection des bassins d’emplois vulnérables. Une transition juste ne se décrète pas et ne consiste pas à promettre que des emplois verts apparaîtront quelque part. Elle doit dire qui finance, qui forme, qui reclasse et qui protège.

La FNME CGT défend une autre vision pour les gaziers des IEG

Elle alerte sur le fait que les conséquences d’une mauvaise trajectoire seraient très concrètes pour le secteur gazier : baisse des effectifs anticipée par les directions, fragilisation des sites, recul du service public, mobilité forcée pour les salariés, perte de compétences industrielles et pression accrue sur les usagers… L’enjeu n’est pas seulement l’emploi au sens comptable, il touche aussi à la sécurité des installations, à la qualité des interventions et à l’égalité entre territoires.
La FNME-CGT défend un mix énergétique diversifié, dans lequel l’électricité et les gaz verts se complètent au lieu de s’opposer. Cela suppose d’accélérer le développement du biométhane, du gaz de synthèse, le Power to gas (EnR->H2), la pyrogazéification, le bioGNV et les solutions hybrides, tout en renforçant les investissements dans les réseaux et dans les capacités pilotables. Cela suppose aussi de refuser toute fermeture de site et toute suppression de poste sans reclassement, sans garanties sur les droits et sans plan massif de formation. Enfin, aucune décision irréversible ne devrait être prise sans étude d’impact social, sans vision d’intérêt général et sans engagement public à la hauteur.

Il faut une transition planifiée et non une transition aveugle

Car au fond, le vrai débat n’est pas gaz ou pas gaz. Le vrai débat est celui d’une SNBC 3 privilégiant le mix énergétique. Car une électrification sans garde-fou industriel et social, affaiblirait l’emploi, les territoires et la résilience énergétique. Si, au contraire, un plan de complémentarité est élaboré entre systèmes de conversion des réseaux et de protection des salariés, cela contribuera à baisser les émissions sans sacrifier les gaziers des IEG, et c’est cette bataille que la FNME CGT mènera. Car le climat a besoin d’actes et les travailleurs ont besoin de droits. Le pays, lui, a besoin des deux…

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